« Ne touchez ni aux arbitres, ni à l’arbitrage ! »
« Ni le footballeur que j’ai été, ni le vice-président de l’UNFP ou l’adjoint chargé des sports de la ville de Metz que je suis devenu ne peuvent rester insensibles face à la campagne de dénigrement systématique et aux attaques répétées contre le corps arbitral dont la presse fait ses choux gras depuis l’ouverture de la saison.
« Pour avoir disputé plus de 600 matches de football professionnel - et, bien que défenseur, n’avoir jamais été expulsé -, pour avoir, à la fin de ma carrière, déjà pris fait et cause pour les directeurs de jeu, je suis aujourd’hui véritablement scandalisé. Et je n’arrive pas à comprendre que l’on puisse ainsi remettre en cause, car c’est bien de cela qu’il s’agit, le rôle de l’arbitre, son autorité, voire son honnêteté.
« Je ne m’aventurerais pas sur le terrain de la compétence car c’est un débat qui n’a pas lieu d’être en France. Il n’est d’ailleurs même plus question de savoir si l’arbitre est « bon » ou s’il ne l’est pas, puisque c’est sa fonction même qui est attaquée. Au risque d’enfoncer des portes ouvertes, il n’est peut-être pas inutile de rappeler que l’arbitre fait partie intégrante du jeu de football. Il en est, au même titre que les joueurs, l’un des acteurs dans toute l’acception du terme, c’est-à-dire qu’il est un des éléments indispensables à la tenue d’un match.
« Il n’y aurait pas de football sans les joueurs, il n’y en aurait pas non plus sans les arbitres. A entendre les déclarations qui fusent après chaque match ou presque, on est en droit de se demander si certains ne l’auraient pas simplement oublié?
« Serait-il possible d’établir un parallèle entre la crise actuellement traversée par l’arbitrage et l’abandon de certaines valeurs républicaines qui, ici ou là parfois, poussent à refuser toutes formes d’autorité dans nos sociétés modernes ? La société civile réclame plus de sévérité pour les fauteurs de trouble et il faudrait peut-être que le football s’inspire de ce consensus pour, lui aussi, punir lourdement ceux qui foulent au pied l’ordre établi et nient à l’arbitre le droit d’exercer son autorité, le droit de décider, le droit – donc – de se tromper.
« Sportif de haut niveau, l’arbitre est aujourd’hui confronté à une situation que le footballeur professionnel connaît bien : lorsque reprend la saison et qu’il est parfois critiqué, il se retrouve vite dos au mur, perd son assurance et sa confiance en lui. J’ai le sentiment que ceux qui crient au feu actuellement attisent les flammes puisque leurs propos, tant de fois relayés, résonnent comme autant de mises à mort médiatiques. Outre le fait qu’un tel comportement soit proprement insupportable, il n’est pas propice à un retour à la normale puisqu’il rajoute à la pression qui, logiquement déjà, pèse sur les épaules des hommes qui ne sont plus en noir.
« C’est scandaleux, irresponsable. Ça l’est pour le sportif, ça l’est pour le syndicaliste et ça l’est aussi pour l’adjoint chargé des sports de la ville de Metz. Je ne suis pas le premier à le dire, mais le sportif professionnel a devoir d’exemplarité. Or la situation actuelle, ramenée au niveau amateur, a des répercutions dramatiques, notamment au niveau des jeunes qui s’approprient les conduites du monde professionnel dans ce qu’elles ont de meilleures et de pires aussi. Je ne sais pas si les entraîneurs et si les dirigeants qui rejettent la responsabilité des défaites de leurs équipes sur les arbitres ont conscience de ce phénomène. La ville de Metz compte une dizaine de clubs de football amateur et je sais, pour m’en tenir régulièrement informé, que l’exemple, le mauvais exemple, est souvent suivi…
« Il est d’ailleurs patent de constater que seul le football génère de tels débordements quand les autres sports respectent l’arbitre pour ce qu’il est. On me parle parfois d’éducation, mais je ne veux pas croire que le foot, mon sport, « éduque » moins bien ses cadres techniques et ses dirigeants que les autres. Simplement, l’habitude aidant, on cache derrière les dérapages verbaux contre les arbitres – et heureusement que verbaux dans la majorité des cas ! – la supériorité de l’adversaire, l’erreur tactique ou technique, le coup de moins bien. On ne perd plus de sa faute, on ne perd plus parce que l’autre est meilleur, on perd à cause de l’arbitre.
« Au football, la défaite fait pourtant partie du jeu. »
Sylvain Kastendeuch - Vice-président de l’UNFP
Maire adjoint de Metz, chargé des sports
Ancien footballeur professionnel
Octobre 2006
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